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2e jeudi du mois de 11 h à 13 h (CEAf, salle de réunion, 2e étage, 96 bd Raspail 75006 Paris), du 8 novembre 2012 au 13 juin 2013. La séance du 11 avril se déroulera en salle 3 (105 bd Raspail)
Alors que les recherches sur les migrations se sont considérablement développées au cours des vingt dernières années, la mobilité féminine reste mal connue. L’organisation institutionnalisée des déplacements des femmes en fonction du cycle de vie familial (confiage, mariage, veuvage…) dans la plupart des sociétés africaines a contribué à les faire traiter comme des « migrations passives », ou des migrations « par défaut », dont les logiques et dynamiques propres ont ainsi été minimisées. L’importance prise par les femmes dans les migrations contemporaines est cependant avérée : près de la moitié des migrants internationaux africains sont des femmes, et leur poids dans les migrations internes est probablement plus élevé encore.
Ce séminaire a pour objectif d’explorer, de différentes perspectives, l’organisation et la dynamique de ces migrations féminines qui, loin de constituer un phénomène « marginal », appartiennent au fondement de l’organisation sociale en Afrique. Il donnera lieu à une série de conférences, réunissant des chercheurs de différentes disciplines (anthropologie, sociologie, démographie, histoire).
8 novembre 2012 : Les allers et retours des filles nées en France de parents subsahariens et leur impact sur les parcours de vie (articulation de données quantitatives et qualitatives), Amélie Grysole
13 décembre 2012 : Migrantes internationales sénégalaises : parcours complexes entre aspirations personnelles et logiques sociales du milieu d’origine, Nathalie Mondain
10 janvier 2013 : Migrations dans l'enfance et domesticité dans les villes togolaises en 1958-59, Marc Pilon
14 février 2013 : Mobilités féminines et réseaux migratoires à partir du Sénégal, Sorana Toma
14 mars 2013 : Comparaison des caractéristiques des jeunes femmes et des jeunes hommes migrants à Ouagadougou, Burkina Faso, Clémentine Rossier
11 avril 2013 : Les désirs d'Ailleurs sont-ils genrés ? Perspectives dakaroises, Thomas Fouquet
Depuis quelques années, les études africaines s’intéressent à un aspect encore peu exploré des migrations, pourtant largement majoritaire en nombre : celles et ceux qui, faute de rassembler les conditions matérielles et/ou administratives d’un départ, restent à demeure. Cette présentation s’inscrit dans cette perspective. Il s’agit de jauger les effets sociaux, culturels et politiques des désirs d’Ailleurs de jeunes femmes dakaroises, à l’aune notamment des usages de la ville qu’elles manifestent et qui restent largement imprégnés du « temps du monde ». L’argument central développé est que ces désirs d’Ailleurs ne peuvent être interprétés uniquement sous l’angle de déterminants économiques, ni encore moins de la thèse de l’illusion vis-à-vis d’un Nord mirifique. En réalité, les positionnements sociaux décalés et les cheminements traversiers que ces jeunes femmes – aventurières de la cité, suivant la dénomination proposée – inaugurent permettent de saisir une part du rapport critique qu’elles entretiennent avec leurs conditions de vie locales, à travers le détour par le global. La ville, nocturne singulièrement, s’apparente alors à la fois à un théâtre de la « bonne vie » où l’on se produit en quête de monde plus vaste, et un terrain de contestation où se disent les rêves et les manques.
La documentation empirique et les interprétations présentées proviennent d’une enquête ethnographique réalisée dans le cadre d’une thèse en anthropologie sociale.
13 juin 2013 : Femmes sahéliennes en France : tontines et cérémonies, Jeanne Semin
Mots-clés : Anthropologie, Démographie, Genre, Spatialisation, territoires,
Aires culturelles : Afrique, Contemporain (anthropologie du, monde), Transnational/transfrontières,
Intitulés généraux :
Centre : CEAf - Centre d’études africaines
Renseignements : par courriel.
Réception : sur rendez-vous par courriel.
Adresse(s) électronique(s) de contact : hertrich(at)ined.fr, moya.ismael(at)gmail.com
Depuis trois ans, ce séminaire interdisciplinaire explore les différentes perspectives pour analyser l’organisation et la dynamique des migrations féminines qui, loin de constituer un phénomène « marginal », appartiennent au fondement de l’organisation sociale en Afrique.
Cette année, une première série d’exposés a poursuivi le panorama des migrations féminines juvéniles amorcé l’an dernier. À partir des données de l’enquête HDSS (Health and Demographic Surveillance System) de 2008-2010, Clémentine Rossier a contrasté les migrations à Ouagadougou (Burkina Faso) des jeunes filles et des jeunes hommes (15-19 ans). Elle a montré que les premières sont plus importantes, mais moins permanentes que les secondes et, en outre, mis en évidence l’importance des migrations des jeunes filles liées au mariage. Utilisant les données désormais exploitables du recensement de 1958-1959 à Lomé (Togo), l’exposé de Marc Pilon a révélé la proportion considérable des enfants résidants sans parents dans des familles urbaines, l’arrivée précoce des jeunes filles ainsi que l’ampleur du travail domestique des enfants et en particulier des très jeunes filles. Enfin, s’appuyant sur les données de l’enquête TeO (Trajectoire et Origines) de 2008 et une enquête sur une famille franco-mauritanienne, Amélie Grysole a présenté les hypothèses de départ de son travail de thèse sur l’ampleur et l’impact des allers et retours sur les parcours de vie des filles nées en France de parents subsahariens.
La seconde série d’exposés a, cette année encore, été consacrée la migration internationale dans le contexte sénégalais, autour de deux thématiques : les réseaux liés la mobilité féminine d’une part et l’impact du fait migratoire sur les femmes restées au Sénégal de l’autre. À partir des données de l’enquête MAFE (Migrations entre l’Afrique et l’Europe), Sorana Toma a montré le caractère relativement limité de la féminisation des flux migratoires internationaux et de l’autonomisation des migrations féminines. Elle a ensuite analysé les différences de genre dans la nature et l’influence des réseaux sur la mobilité, qui a mis en évidence, notamment, le rôle crucial des réseaux féminins dans la mobilité indépendante. En s’appuyant sur une enquête ethnographique multisite (Sénégal, Mali, Île-de-France) relatives aux pratiques tontinières des femmes, Jeanne Semin a décrit la continuité remarquable dans l’espace des pratiques financières et cérémonielles qui, dans les lieux de départ et d’arrivée, contribuent à organiser la vie sociale, économique et familiale des femmes migrantes en France. Les deux derniers exposés ont enfin porté sur l’impact local de la migration internationale sur les femmes. À partir d’enquêtes qualitatives menées à Kebemer sur une décennie, Nathalie Mondain s’est intéressée au rôle des réseaux dans les migrations féminines ainsi qu’aux conséquences de la migration sur celles, épouses ou mères de migrants, qui restent ou sont revenues. Thomas Fouquet a exploré la manière dont la migration, sous la forme du « désir d’ailleurs » (de ceux et celles contraints à rester à Dakar), structure l’imaginaire, les pratiques réflexives et le positionnement dans la société urbaine des « jeunes femmes de la nuit ».
Dernière modification de cette fiche par le service des enseignements (sg12@ehess.fr) : 9 avril 2013.